Femmes en ruralités : essentielles et invisibles ?

Le 3 février, l’Institut des Hautes Études des Mondes ruraux (IHEMRu) ainsi que chercheurs, élus et responsables associatives, se sont retrouvés à l’Hôtel de Roquelaure, à Paris, pour interroger la place des femmes dans les territoires ruraux, de leur quotidien à leur accès aux responsabilités locales.

Après l’introduction de propos d’ouverture de Michel Fournier, Ministre délégué chargé de la Ruralité, Maire des Voivres et de Patrice Joly, Président du conseil scientifique de l’IHEMRu, Sénateur de la Nièvre, le colloque a rappelé que 11 millions de femmes vivent en milieu rural, et que leur engagement « reste encore trop souvent invisible ». Dominique Faure, présidente de l’IHEMRu, a conclu en proposant une feuille de route, dont les avancées seront évaluées dans un an.

« Ce chemin vers la reconnaissance de l’égalité, jalonné
de combats pour ces femmes, il est sain de se souvenir
que ce qui nous paraît aussi évident aujourd’hui, eh
bien ça a été un grand défi et que rien n’est jamais
acquis. »
Michel Fournier, ministre délégué chargé de la Ruralité, maire des Voivres

« Les femmes, si parfois elles sont invisibles dans leur
action, dans les décisions, elles sont sur les sujets du
quotidien qui font la vie, qui créent l’humanité sur nos
territoires.»
Patrice Joly, président du conseil scientifique de l’IHEMRu, sénateur de la Nièvre

Femmes rurales : réalités, vécus et nouveaux regards sociologiques

La première table ronde a croisé rapports institutionnels, enquêtes sociologiques et expériences de terrain. Pour la sénatrice Marie-Pierre Monier, co-autrice du rapport Femmes et ruralités : en finir avec les zones blanches de l’égalité, la mobilité est le fil rouge des inégalités. Salomé Berlioux, fondatrice de RURA, a présenté le « malus rural de genre » : près d’une femme rurale sur deux dispose de moins de cinq heures par semaine pour elle-même. Marie-Christine Ménard Chevalier, présidente de la Fédération nationale des CIDFF, a rappelé que 64 000 femmes victimes de violences poussent chaque année la porte d’un CIDFF.

Guylaine Brohant, présidente de Familles Rurales, a défendu l’engagement associatif comme « école de l’émancipation ». La sociologue Sophie Orange a montré que ces femmes sont engagées partout, et empêchées non par elles-mêmes, mais par l’organisation sociale.

Femmes et pouvoir local : représentations, leadership et défis démocratiques

Animée par Jean-Yves Vif, la seconde table ronde a interrogé les freins à l’accès aux responsabilités. Martial Foucault a salué les effets des dispositifs paritaires, mais jugé leur rythme trop lent. Achille Warnant a souligné que la jeunesse ne corrige pas les déséquilibres : en 2020, seules 35 des 180 maires ruraux de 30 ans ou moins étaient des femmes, soit environ 20 %. Reine Lepinay, co-présidente d’Elles aussi, a décrit un sexisme persistant en politique locale et plaidé pour une amélioration du statut de l’élu.

Cécile Gallien, maire de Vorey et vice-présidente de l’IHEMRu, a rappelé que l’on comptait 16 % de maires femmes il y a dix ans, et que la loi sur la parité est « une victoire concrète ». Céline Inconnu, déléguée départementale de la Fédération des Centres Sociaux de la Nièvre, a insisté sur la reconnaissance des femmes du monde associatif, qui s’émancipent et acquièrent une légitimité avant de franchir le pas de l’engagement politique.?

Les actes du colloque disponibles